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Plaines d’été est une programmation culturelle à l’initiative de la Direction Régionale des Affaires Culturelles Hauts-de-France. En 2022 et alors que la crise sanitaire gardait fermés les lieux de spectacle, Plaines d’été a mobilisé 55 équipes artistiques sur les places de marchés, dans les EHPAD, à l’orée d’une forêt ou en bordure de plage. Tous et toutes ont réalisé des impromptus durant plusieurs mois là où on ne les attendait pas. CARMEN a suivi ces instants saisissants de rencontre.

On les entend respirer, ils nous regardent dans les yeux, c’est chouette

La compagnie de danse contemporaine Mouvemen(T)és a investi pendant une heure, la salle polyvalente d’une pension de famille à Amiens, ce mercredi 7 septembre. Un trio, les danseurs Aurore Floreancig et Clément Olivier, et une violoncelliste, Clémence Issartel, qui a captivé les résidents.

Il y a eu d’abord un petit cafouillage sur l’heure. Les résidents de la Maison Monsieur Vincent, des personnes isolées en grandes difficultés, se sont installés dans la salle polyvalente, dès 14 heures. « La prestation ne commençait qu’à 14H30, sourit la chorégraphe et danseuse Aurore Floreancig, ils nous ont donc regardés nous installer, prendre possession du lieu, nous échauffer ». Un moment que le spectateur n’est pas censé voir, « mais qui a été très chouette, on a commencé à échanger, et je crois que ça a permis de les connecter davantage à nous pendant le spectacle », selon la violoncelliste Clémence Issartel.

© Lise Verbeke

Musique classique et danse contemporaine

Et la connexion semble effectivement avoir eu lieu, pendant la vingtaine de minutes du spectacle. Les regards de la quinzaine de résidents présents, ont alterné entre les danseurs et la musicienne. Des sourires se sont esquissés sur les visages. Les mains ont applaudi chaleureusement. « L’idée, c’est de proposer de découvrir la musique classique et la danse contemporaine », détaille Aurore Floreancig, « on utilise les techniques de la valse, du menuet, du tango, mais on en fait quelque chose d’autre, avec la danse contemporaine ». Les gestes des deux danseurs suivent la musique, Tchaïkovski, Schubert, Bach, entre suspensions, élans, mouvements circulaires. Les regards entre le trio sont intenses, « mon archer donne des indications aux danseurs, explique la violoncelliste, par exemple, quand mon archer ralenti et s’arrête, on se regarde et on sait que c’est fini ».

Spectacle intimiste

Après la prestation, les artistes ont pris le temps d’échanger avec le public, pour expliquer leur travail, la manière dont ils ont construit la danse avec la musique. « C’est important pour nous de créer un espace de discussion sur l’art, ajoute Aurore Floreancig, pour ne pas le mettre sur un piédestal mais le rendre accessible à tous, surtout la danse contemporaine ». « Vous pourriez passer à la télé, dans l’émission Danse avec les stars ! », leur lance une résidente. « Le spectacle a été construit pour être intimiste, vous avez entendu nos respirations, vu nos regards, la télé, ça peut aseptiser », lui répond la chorégraphe. Un rapport avec le public qu’adore le danseur Clément Olivier, « je sais pourquoi je fais ce métier dans ces moments-là, car dans une grande salle de 500 personnes, on ne voit pas le public. Là, on a croisé des regards, on les sent tout proche ».

© Lise VERBEKE

Des résidents danseurs

« C’était grandiose, très romantique et poétique », s’exclame Mathieu, 36 ans, « ça m’a donné envie de danser avec eux ! ». Parmi la quinzaine de résidents présents, quelques-uns ont monté un spectacle de danse contemporaine, l’année dernière, pour le festival « C’est pas du luxe », encadré par la fondation Abbé Pierre à Avignon, pour permettre aux personnes en grande précarité de participer à un projet artistique. Bruno, 58 ans, qui n’avait jamais dansé avant, y a participé, « j’ai donc regardé les danseurs aujourd’hui différemment, car si cela semble léger et facile, je sais que c’est trompeur, et qu’il y a beaucoup de travail derrière ! ».

Apprendre à ne plus se maltraiter. Ne plus se répéter des mantras saboteurs.

© Lise VERBEKE

La culture au plus près des résidents

 

Faire entrer l’art dans la pension de famille est essentiel pour Idir Mouhoub, travailleur social chargé de l’animation, « car il y a des résidents qui ne peuvent pas se déplacer à cause de problèmes physiques, ou d’autres qui sont en grande précarité. Là, ils prennent l’ascenseur et profite d’un joli moment pour penser à autre chose, pour s’évader ». Isabelle, 50 ans, est sous tutelle, « je n’ai pas les moyens d’aller au théâtre, c’est trop cher. Je regarde des spectacles à la télé, mais ce n’est pas pareil de le voir en vrai. Là on les entend respirer, on voit les marques de transpiration, ils nous regardent dans les yeux, c’est chouette ».

© Lise VERBEKE

INFOS

Texte et photographies : Lise VERBEKE

Date de diffusion : 12 septembre 2022

Compléments

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