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Au CCAS de Longueau, la santé et le porte-monnaie au cœur des préoccupations

Alors que la loi « Immigration » a été votée l’avant-veille, on a décidé de causer des grandes préoccupations des Françaises de la maison des seniors de Longueau.

Ce jeudi après-midi à la maison des seniors du centre communal d’action sociale de Longueau, les cerveaux chauffent. Attablées par petits groupes, les dames retraitées se lancent dans de grandes parties de Triominos, de Scrabble, et de Rummikub Chiffres ©. « On est contentes de venir ici, vous savez, c’est pas très drôle de se retrouver seule chez soi », nous explique Colette, en nous détaillant avec amertume les veuvages des unes et des autres.

« C’est ce que veulent les Français ». C’est l’argument brandi, ces derniers jours, par la majorité présidentielle et les élus des Républicains et du RN à propos du projet de loi « Immigration ». Un sondage réalisé par Elabe pour BFMTV donne 70 % des Français qui se disent satisfaits que la loi ait été votée. Pourtant, les récents baromètres d’opinion ne placent pas l’immigration au sommet des priorités citoyennes : celui d’octobre 2023 produit par Odoxa pour Public Sénat place l’immigration en cinquième place, après le pouvoir d’achat, la santé, la sécurité et le système de protection sociale. Alors, en sachant très bien que ce n’est pas représentatif, on a questionné nos aînées de l’ancienne grande cité cheminote.

Auprès de notre clique de retraitées, c’est la sécurité qui est instinctivement citée. Mais ce sujet ne restera pas au cœur de nos échanges. « En soit, on a jamais vraiment eu de problèmes dans nos rues, hein Marie-Thérèse ? » Colette, notre septuagénaire, en se remémorant tout de même un cambriolage survenu il y a une bonne dizaine d’années. Assez vite on cause des fêtes qui approchent. « Les anniversaires et Noël, ça commence à coûter cher ». Marie-Thérèse a une astuce, elle alterne à chaque Noël, des cadeaux pour les enfants de sa fille une année, pour ceux de son autre fils la suivante. « Les enfants n’ont plus la valeur de l’argent » se désole Colette. 

En tant que retraitées, leurs pensions sont minces. 900 euros pour l’une et pour l’autre, calculés sur la base de leurs quatre enfants chacune. En ajoutant la réversion de leurs maris cheminots, on atteint les 1 200 euros. « Ça permet de vivre tout juste correctement », pose  Marie-Thérèse. « On a un cahier avec chaque prélèvement – gaz, électricité, même ma femme de ménage – comme ça on sait ce qu’il reste à la fin du mois, si on veut faire un petit écart. » Elles trouvent que les prix ont massivement augmenté. Elles s’estiment chanceuses : elles sont encore chez elles. « Je ne veux surtout pas aller en EHPAD » s’exclame Marie-Thérèse. Elle a du y placer son mari malade à la fin de sa vie. « Ce que j’ai vu, c’est pas humain. Et en plus on paie plein pot. » Elle a vu les reportages de Victor Castanet sur Orpea mais elle reste convaincue : « Il faut en parler plus, c’est pas humain. »

Josette, 88 ans et Huguette, 85, sont elles en train de disputer une partie de Rummikub Chiffres © sur la table d’à côté. Elles participent tous les jeudis à ce temps de jeu et s’activent aussi tous les lundis au cours de gymnastique. Elles qui s’informent principalement sur « la 2 et la 3, pour les infos régionales » aimeraient que l’on parle davantage des sujets liés à la santé et notamment à l’accès au soin. Alors qu’elles vivent à Longueau, en périphérie d’une grande ville, elles rencontrent des difficultés pour consulter des spécialistes. « Je n’avais plus de dentiste à Amiens parce qu’il a pris sa retraite », raconte Josette. « Pour en trouver un nouveau, c’était la mer à boire. » Idem pour Huguette qui doit régulièrement faire des mammographies et des échographies. « Il y a aussi le problème d’internet. On nous demande de prendre rendez-vous en ligne mais moi je n’y comprends rien aux ordinateurs. » Toutes ces difficultés auxquelles elles doivent faire face au quotidien, elles n’ont pas l’impression de les retrouver dans les médias, qu’ils soient nationaux ou locaux. 

Guilaine, 77 ans, regrette que la loi sur l’aide active à mourir, une promesse du président Macron, soit infiniment repoussée : « C’est extrêmement important pour nous, cette loi. Les messieurs bien placés et les cathos intégristes ne veulent pas toucher à la vie. » De son côté, elle a tout prévu. Lettre pour les soignants et la famille. Alors que la loi « Immigration » a été votée l’avant-veille, on a décidé de causer des grandes préoccupations des Françaises de la maison des seniors de Longueau. « On donne bien le droit à l’avortement, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas disposer de sa propre vie. »

Sophie Bourlet, Clémence Leleu, & Timothée Vinchon

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