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À Arques, « Les informations, ça nous pompe l’air ! »

Le mardi après-midi à Arques, les habitant·es du Square Marcel Pagnol le savent, c’est le jour où le centre social Community propose des animations. La Caravane des médias est de la partie.

Au milieu de multiples stands tous aussi incroyables les uns que les autres – maquillage, fabrication d’instruments, initiation au djembé – pour attirer le chaland, nous autres caravaniers des médias avons dû déployer notre attirail. Carte subjective des médias, feutres pour dessiner des télés, radios, ou smartphones sur la caravane, et “photomaton” grâce à Martin Gallone, photographe qui a rejoint l’aventure. C’est bientôt une horde d’enfants qui accourent, accompagnés de leurs parents. Alors que les jeunes redécorent la caravane, on en profite pour discuter avec les adultes. Laura, une jeune maman, balance directement ce qu’elle a sur le cœur : « Les informations ça nous pompe l’air ! »

Et pour cause. Dans la pile de journaux étalés sur une table, sortie du coffre de la caravane, les informations se font plus noires les unes que les autres. La Voix du Nord et Le Canard enchaîné titrent sur les émeutes, Aujourd’hui en France table sur l’inflation, le canard local l’Indépendant mise sur les travaux qui paralysent la région pendant l’été. Les nouvelles ne sont pas bonnes et tous·tes se tiennent à bonne distance de la pile de journaux. Jessica, 32 ans, se confie : « J’ai arrêté les informations parce que je n’aime plus. Moi qui suis une éternelle angoissée, toutes ces histoires de morts en Ukraine, ça me stresse trop. » La jeune maman, qui couve ses enfants des yeux, s’inquiète pour l’avenir : « On se demande ce que vont devenir les petits. » En attendant, sensible au sujet du harcèlement, elle a mis l’option contrôle parental sur tous leurs réseaux. 

Sa mère à elle est aussi présente. Janique estime qu’on ne parle pas assez du Pas-de-Calais dans les journaux : « On parle toujours du loin, mais nous on existe aussi ! » s’indigne la sexagénaire. Ludivine, 38 ans, trouve les informations trop négatives. Elle voudrait que la télé diffuse « de bonnes choses pour se remonter le moral et pas l’inverse. » Un constat qui est partagé même chez les plus jeunes, comme Laura, qui du haut de ses 11 ans déclare : « Il faudrait plus de bonnes nouvelles, par exemple, l’inflation qui diminue. »

Mais alors, de quoi pourrait-on parler ? Petit à petit, les uns et les autres y vont de leurs suggestions et accrochent leurs doléances sur une corde à linge. Virginie, mère de trois enfants, est aussi inquiète de l’inflation, elle dont le mari livre les journaux à une heure du matin avant d’enchaîner sur une journée dans le secteur du BTP. Elle voudrait plus de bons plans dans les journaux, « pour les gens qui n’ont pas les moyens » mais aussi parler davantage des personnes comme sa mère, en situation de handicap. Pour Inès et Liam, dix ans et demi, il faudrait raconter la SPA et des animaux en danger. Quant à Jacky, 62 ans, c’est un peu la star du quartier. Quand il arrive, tout le monde vient le saluer. Il explique avoir animé une radio musicale sur internet, avant que la SACEM ne vienne lui chercher des noises. Mais de la bonne humeur, il en a à revendre, et des idées poétiques plein la besace. Sa suggestion, s’il devait choisir quelque chose à ajouter aux médias : « de la musique pour apaiser les esprits. » 

Sophie Bourlet, Timothée Vinchon et Martin Gallone à la photographie.

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