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Caps et Marais d'Opale (62)

En vacances à Wimereux, l’info sur pause

Aujourd’hui dans la petite station balnéaire de Wimereux, c’est la Fête de la moule. L’occasion de demander aux vacanciers si l’actualité les suit sur la plage.

Malgré le vent qui menace le bon déroulé de l’événement local, les badauds sont nombreux ce samedi à Wimereux. Les 17 degrés affichés au thermomètre n’effarouchent pas les touristes, venus se promener le long de la digue aux petits cabanons bleu et blanc. « J’ai une sainte horreur de lire donc je regarde la télé quand je peux. » Pascal a senti le vent tourner et est en train de ranger pelles et épuisettes colorées, qu’il vend à tour de bras pendant la haute saison. Pour l’heure, les nuages gris et les bourrasques lui ont fait plier boutique. Il en a vu d’autres : « J’ai 76 ans, alors la retraite, ça sera à l’extinction des feux ! Comme dit ma femme, un homme qui ne fait rien, c’est un capital qui dort. » 

Alice et Inès tiennent un stand de glaces désespérément vide. Elles nous avouent ne pas lire du tout à la plage, sauf « le Voici, quand ma mère me le prête » pour Alice. Pour Inès, c’est la musique avant tout, « ça me met dans un bon mood ». Car quand on est en vacances, l’actualité, c’est non merci. « C’est le moment de repos, on a pas envie de se prendre la tête » tranche Axel, 19 ans. Vêtu d’orange fluo, il scrute l’horizon qui s’obscurcit et les kitesurfers qui décollent à plusieurs mètres de haut. Secouriste en mer, il attend la relève avec son coéquipier Théophile, qui hormis la sacro-sainte Voix du Nord qu’il lit chez ses parents le matin, préfère plutôt un bon bouquin quand il s’agit de se détendre. 

« L’actualité, c’est tellement triste ! Il faut du léger pour l’été ! » philosophe Sylvie, tout sourire. La lilloise est en vacances en famille sur la Côte. « Il faudrait des informations positives », confirme son compagnon, « par exemple, on n’a pas dit quand les nappes phréatiques se sont remplies à nouveau dans le sud ! » Les deux jeunes qui les accompagnent ont complètement arrêté les informations : Juliette n’y arrive plus. “On peut se sentir un peu bête des fois mais on se rend compte qu’on est de meilleure humeur quand on écoute pas les infos le matin », s’exclame-t-elle. Thomas est quand même hyperconnecté à l’actualité sportive et connaît les moindres titres du jour de l’Equipe.

Dans la rue Carnot, l’artère commerçante de la station balnéaire, les touristes déambulent le long des petites boutiques datées mais bourgeoises, entre les gouttes qui commencent à tomber. Des Hauts-de-France, de Belgique ou d’Angleterre, on ne vient pas de si loin admirer les belles falaises des Caps. Les panneaux Keep right y jalonnent la route. Sylvie et Claude sont eux aussi venus de Lille avec leur petite fille. « On écoute la radio du coin, pour connaître la météo, les animations qui vont avoir lieu, mais aussi les catastrophes, comme ce qu’il se passe avec les migrants en ce moment. C’est dramatique de laisser tous ces gens partir par la mer et de ne rien faire. » Quand les médias nationaux versent de l’encre à propos du littoral, c’est souvent pour parler des traversées de la Manche sur des embarcations de fortune, se soldant par des bilans tragiques et très marquants pour la population locale.

« Je n’ai pas le temps de lire sur la plage, il faut que je surveille mes petits-enfants », s’exclame Françoise en gardant un œil sur le petit Émile, 5 ans, qui part à l’autre bout du trottoir en trottinette. Elle est abonnée à Rustica, un magazine de jardinage, depuis des années. Firmin, le grand frère de 8 ans, nous raconte fièrement que sa mamie lui a acheté une revue sur les 4X4, qui le passionnent. « J’en ai eu une pour mon anniversaire et une autre aujourd’hui. » Il a appris à lire il y a un an et dévore autant des livres que ses cahiers de vacances depuis.

La pluie redouble d’intensité et une dizaine de personnes se sont engouffrées à la Civette. Le bar PMU est l’endroit où l’on vient acheter son journal ou son magazine depuis la fermeture de la Maison de la Presse il y a deux ans. « Ça se perd la lecture. Les jeunes vont sur internet. Les Femmes Actuelles, on en avait 50 toutes les semaines, maintenant, on en reçoit plus que 15. » Même si son chiffre augmente pendant l’été, et que la Voix du Nord fait toujours carton plein, on lui envoie trop d’exemplaires de tous les titres, et ils se vendent mal. Il y a bien quelques femmes qui lisent Elle ou Voici. « Pour le reste, ce qui marche, c’est les clopes et les jeux, parce que les gens sont plus dans la merde qu’avant, donc ils tentent leur chance. Et les sudokus j’en vends toujours autant ! » 

Dehors, la fête de la moule bat son plein vaille que vaille. Les costumes à paillettes scintillent en musique sur l’estrade installée sur la place centrale, les stands de tir côtoient ceux des moules frites – 700 kilos commandés cette année selon un passant – qui se mangeront à l’intérieur de la salle des fêtes, dans un joyeux brouhaha. Wimereux est bien décidée à avoir le cœur léger, contre la grisaille ambiante. 

Conseil de lecture et de musique de nos vacanciers : 
À lire : 
  • Tintin et Spirou (Pascal, 76 ans)
  • Rien ne s’oppose à la nuit – Delphine de Vigan (Théophile, 24 ans)
  • Agatha Christie et Marie Higgins Clark (Sylvie, 62 ans)
  • Tout le bleu du ciel – Melissa Da Costa (Sylvie, 59 ans)
  • Une nuit particulière – Grégoire Delacourt (Christophe, 59 ans)
  • Le numéro de Marianne sur les émeutes (Christophe, 59 ans)
À écouter : 
  • Beny Jr ft Morad – Sigue  (Inès, 19 ans)
  • Damso & Hamza – Nocif (Axel, 19 ans)
  • Florence + The Machine – Dog Days Are Over (Juliette, 27 ans)
  • Allumer le feu – Johnny Hallyday (Firmin, 8 ans)

Sophie Bourlet, Timothée Vinchon et Martin Gallone à la photographie.

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