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Somme Sud-Ouest (80)

Conty : pêche, nature et informations

En ce premier jour de caravane dans la communauté de communes Somme Sud-Ouest, où nous avions l’année dernière rencontré les collégiens, nous partons cette fois-ci à la rencontre des habitants de Conty. Du café au marché, en passant par la maison de la presse et les abords des étangs, nos échanges furent nourris autour du thème des médias et du rapport des Contynois à leur territoire.

En ce premier jour de caravane dans la communauté de communes Somme Sud-Ouest, où nous avions l’année dernière rencontré les collégiens, nous partons cette fois-ci à la rencontre des habitants de Conty. Du café au marché, en passant par la maison de la presse et les abords des étangs, nos échanges furent nourris autour du thème des médias et du rapport des Contynois à leur territoire.

Marie-Louise, en promenade au marché

Marie-Louise, au marché de Conty, le 25 juin 2021. ©Simon Lambert

Marie-Louise vit à Conty depuis 32 ans. En arrêt de travail depuis 4 mois suite à un problème de santé, cette plongeuse et aide-cuisinière au restaurant Les deux rives du Val de Selle n’est pas très intéressée par les informations “Je ne m’informe pas du tout. Je n’aime pas ça. Je vis au jour le jour, je sors très peu. Et les informations je ne vais surtout pas les regarder en ce moment, ça ne parle que de politique.

Véronique et Dominique, derrière le bar

Veronique et Dominique, gérants du Bar de la Mairie à Conty, le 25 juin 2021. ©Simon Lambert

Derrière le comptoir du café de la mairie, Véronique annonce directement la couleur : « Dans quelques mois : adieu Conty ! » À la tête de l’établissement depuis quatre ans, elle part avec son concubin Dominique pour Perpignan, afin de se rapprocher de sa fille. “Véro et Dom” voient passer chaque jour bon nombre d’habitués venant partager un café, un pastis, un demi ou s’installer pour une petite session de PMU. “C’est simple, on connaît tout le monde, la clientèle est cool, on a jamais eu un souci”, explique la patronne. 

JC, client du bar PMU de Conty, le 25 juin 2021. « Il faut goûter à tout. Moi mon journal, c’est Aujourd’hui en France, mais quand les sujets m’intéressent, je m’achète Le Canard Enchaîné ou Minute. » ©Simon Lambert

Véronique connaît tout le monde, et surtout, connaît la ville comme sa poche : le bois, où elle va se promener depuis qu’elle est enfant, les marais, la coulée verte, et le centre-ville, dynamique, qu’elle a vu reprendre vie au fil des années.  “On a de la chance, on a de tout ici : boulanger, boucher, magasin de chaussures, brocante. Et un coiffeur qui va ouvrir. Pareil pour les médecins. Le maire fait bouger pas mal les choses.” Un avis partagé par son frère Pascal qui l’avoue tout de go : “Conty, j’y vis et je mourrai ici”. Est-ce possible de faire meilleure promo ? 

Du côté des médias, le trio reconnait voir surtout les journalistes lors des grandes manifestations sportives – Conty étant notamment connue pour les concours équestres, et lors des deux réderies organisées chaque année, très courues dans la région. “France Bleu Picardie ils viennent pas mal. Mais, les journalistes on préfère pas trop les voir, après ça ramène trop de monde et on va perdre en tranquillité« , confie Dominique. 

Annette, propriétaire de la maison de la presse 

Originaire du Poitou-Charente où elle tenait un pressing, Annette dirige désormais la maison de la presse de Conty. Depuis neuf ans, elle voit quotidiennement défiler les Contynois dans sa boutique qui cumule les étiquettes : maison de la presse, librairie, carterie, bazar, cadeaux… Au milieu de ses 2 500 références, ce sont la presse quotidienne régionale, les journaux sportifs et les magazines people qui ont la préférence de ses clients. “Je vends beaucoup L’équipe, Le Courrier picard, le Bonhomme Picard, et les journaux dits à scandales”, explique-t-elle. 

Alors que la maison de la presse de Poix-de-Picardie, ville de 2 400 habitants à 15 km de Conty a fermé, la boutique d’Annette résiste. “On est solidaire avec les commerçants du centre-ville. On s’est beaucoup mobilisé quand la municipalité s’est lancée dans des travaux pour ne pas trop perdre en places de stationnement qui sont nécessaires pour que les clients puissent s’arrêter. Des centres-villes sans voiture, ce n’est pas possible ici.” 

Auparavant, Annette gérait la boutique avec sa belle-fille, qui a dû quitter son poste faute de trésorerie nécessaire suite à cette année covidée. “Mais je suis en train de recommander du fond, les choses commencent à s’arranger.” 

Et côté consommation personnelle des médias ? “Ce sont toujours les cordonniers les plus mal chaussés”, lance la gérante dans une sourire, “Je parcours quelques titres de la presse régionale le matin ou en fin d’après-midi. Et pour les magazines, je les parcours quand je les mets en rayon, il faut quand même que je sois capable de renseigner les clients !” 

Pascal, le pêcheur

Pascal le pêcheur, étangs de Conty, le 25 juin 2021. ©Simon Lambert

Au carpodrome des étangs de Conty, on croise Pascal, 59 ans, originaire de Saleux et boucher à la ville, mais pêcheur dès qu’il a un peu de temps libre. Il a prévu de rester 4 jours et 3 nuits au bord de l’eau. Sa passion, ce sont les carpes. Pas pour les manger – de toute façon c’est interdit – mais avec l’adrénaline de « sortir » la plus belle bête. Il nous montre ses plus belles prises sur son appareil photo compact. 10,6 kg pour l’une, 9,4 kg pour l’autre et parfois sa tête qui dépasse au-dessus. Au départ, on est allé vers lui car on a entendu de la musique pop grésiller de son vieux poste radio caché dans sa tente de pêche. « J’aime le calme et la nature… Alors tout ce « blabla » et ces bêtises… J’écoute juste la musique« , nous balance-t-il d’emblée. 

Il n’a plus le goût à l’actualité et est particulièrement fatigué de n’avoir entendu parlé que du Covid-19 depuis un an. « On en a trop fait là-dessus… On nous a quand même fermé nos étangs l’année dernière, alors que c’est l’endroit parfait pour être au calme et n’embêter personne !« . Il concède quand même suivre ici et là l’actualité locale « histoire de dire », mais ne se sent pas représenté, lui et ses opinions, dans les médias. On voit un Courrier Picard à ses pieds, il nous arrête tout de suite : « Le Courrier Picard, c’est pour le barbecue ! Je n’ai pas de pognon à dépenser pour ce genre de conneries« . 

Les « conneries » dont ils parlent, ce sont souvent les paroles des personnalités politiques. « Il faudrait écouter des gens qui sont plus magouilleurs que tout le monde et qui nous disent quoi faire, pour moi, c’est pas possible ça. Ils [les médias] rendraient vraiment service au gens en enquêtant sur les politiciens, plutôt que de relayer leur « blabla »« . S’il estime que les médias ont une faute là-dedans, Pascal n’en veut pas à tous les journalistes, qu’il voit pour la plupart comme des ouvriers de l’information. Mais il n’oublie cependant pas d’égratigner certains qu’ils trouvent « menteurs » et peu conscients de l’impact négatif que peuvent avoir leurs articles : « Ceux-là, ils sont pires que les « péqueux » [les pêcheurs en picard, nldr] … Ils vont vous sortir un petit poisson et te dire ensuite qu’ils ont attrapé une carpe de 16 kg ! ». Avant de nous laisser partir, il nous glisse ce qu’il aimerait retrouver dans les médias : « Il faudrait parler des gens qui sont vraiment malheureux en France. »

Sabine et Chantal, retraitées en camping-car

Sabine et Chantal boivent un verre dans leur camping-car pendant que leurs maris pêchent aux étangs de Conty, le 25 juin 2021. ©Simon Lambert

À quelques mètres de Pascal, Sabine et Chantal papotent confortablement installées dans leur camping-car pendant que leurs conjoints Jean-Paul (tous les deux) font tremper leurs cannes dans l’étang. Ces amies retraitées, ancienne banquière pour l’une et aide ménagère pour l’autre, vivent à la campagne non loin de Lille. Voilà une semaine qu’elles ont quitté leur foyer pour un petit périple en camping-car qui devrait les amener dans la Mayenne d’ici quelques jours. “On est venus ici car on sait que c’est un coin prisé pour la pêche. Et puis c’est très beau, très naturel, et les emplacements sont gratuits”, explique Sabine. 

Elles s’informent principalement par l’intermédiaire de la télé et des chaînes d’infos en continu, ainsi que par internet “Avant, j’achetais la Voix du Nord mais comme on trouve tout en ligne, j’ai arrêté, c’est quand même un budget”, confie Chantal. 

La retraite a bouleversé leurs vies, elles qui l’attendait pourtant avec impatience : “On se disait vivement que ça s’arrête, on a le droit de se reposer, et puis finalement quand ça arrive, au bout d’un mois on commence à regretter les collègues, l’attente sur le quai le matin pour aller au travail, le fait de rencontrer régulièrement des nouvelles personnes. On était contentes dans le fond de vivre tout ça”, indique Sabine. 

En tant que retraitées, elles se trouvent peu représentées dans les médias, et surtout, lorsque c’est le cas, de manière un peu stéréotypée : “on dirait qu’il n’existe que deux sortes de retraités : ceux qui sont seuls et vivent en maison de retraite, et les ultra riches qui se paient des voyages en permanence à l’autre bout du monde ! Sauf qu’au milieu il y a les retraités de classe moyenne, et eux, on ne les voit jamais”, explique Sabine. “Sinon on parle des retraités lors des manifestations contre les réformes”, poursuit Chantal. 

Ce qu’elles aimeraient : “lire des témoignages de gens comme nous, entendre nos histoires. Que l’on parle de la vie d’un retraité, mais d’un retraité normal : qui vit encore chez lui, s’autorise des petits plaisirs, mais qui doit quand même faire un peu attention. Comme tout le monde finalement.” 

Clémence Leleu, Timothée Vinchon et Simon Lambert.

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