“Le femme libre”

Pour ce quatrième jour d’itinérance, nous avons posé la caravane des médias dans la commune de Oisemont et nous avons rencontré une classe d’élèves de terminale à la Maison Familiale Rurale.

Pour ce quatrième jour d’itinérance, nous avons posé la caravane des médias dans la commune de Oisemont et nous avons rencontré une classe d’élèves de terminale à la Maison Familiale Rurale. Ces douze jeunes femmes se destinent aux métiers des services à la personne. Elles envisagent de devenir aides soignantes, infirmières auprès de personnes âgées ou dans l’armée ou encore animatrices spécialisées. 

Pour ce quatrième jour d’itinérance, nous avons posé la caravane des médias dans la commune de Oisemont et nous avons rencontré une classe d’élèves de terminale à la Maison Familiale Rurale.
Crédit photo : Simon Lambert

Nous avons d’abord abordé avec elles leur manière de s’informer. La plupart regardent le JT de 20h, notamment le week-end car à l’internat elles n’ont pas toujours la possibilité de regarder la télévision, et lisent la presse quotidienne régionale (notamment les premières pages dédiées à l’information nationale, les pages locales qui couvrent l’actualité de leur ville, et les faits-divers). Certaines sont mêmes abonnées au journal, dont elles rattrapent la lecture des numéros de la semaine le vendredi soir ou le dimanche lorsqu’elles rentrent chez elles.

Pour s’informer sur les réseaux sociaux, elles utilisent surtout Twitter, où elles prennent soin de suivre des personnes avec qui elles sont d’accord mais pas que, Facebook, pour lire des informations locales qu’elles ne retrouvent pas toujours dans le journal, et Snapchat, où elles suivent des médias comme Le Monde, Melty ou encore des comptes comme l’UNICEF. Instagram et TikTok sont plus utilisés pour le loisir. 

Pour ce quatrième jour d’itinérance, nous avons posé la caravane des médias dans la commune de Oisemont et nous avons rencontré une classe d’élèves de terminale à la Maison Familiale Rurale.
Crédit photo : Simon Lambert

Les thèmes qui leur plaisent : la politique française et américaine, le réchauffement climatique, les faits-divers, et les questions liées aux inégalités… Certaines préfèrent regarder les infos quand d’autres sont plus attirées par des reportages sur des thèmes précis comme 90’ Enquêtes, Enquête d’action, appels d’urgence… 

Viennent ensuite quelques critiques des médias. Après avoir précisé que dans certains articles ou reportages les mots employés pouvaient parfois être difficiles à comprendre ce qui peut décourager, la question de la représentativité en tant que jeunes et en tant que femmes a émergé. 

« On a l’impression qu’il faut être adulte pour avoir un avis et être écouté. Ils partent du principe que si on est jeune on a rien à dire, qu’on ne parle pas. »

« Les gens qu’on voit dans les médias ne nous ressemblent pas. L’égalité entre les hommes et les femmes n’est pas parfaite. »

Pour ce quatrième jour d’itinérance, nous avons posé la caravane des médias dans la commune de Oisemont et nous avons rencontré une classe d’élèves de terminale à la Maison Familiale Rurale.
Crédit photo : Simon Lambert

Puis assez rapidement, les jeunes femmes témoignent de situations auxquelles elles sont confrontées quotidiennement. Des témoignages forts et durs, souvent personnels, qu’il nous semble important d’accueillir. 

«  Les garçons mettent des shorts mais nous si on fait pareil on se fait tomber dessus », « on ne se sent pas en sécurité », « pour rentrer dans les cases il faut être blanche, mince, avec des gros seins ». On comprend alors que la grossophobie dont certaines sont victimes les déstabilisent. Qu’elles ne se sentent pas représentées par les médias ou la publicité. Et qu’au quotidien leur comportement est fonction des injonctions et règles sociétales qui s’imposent à elles et qu’elles ont intégré au plus profond d’elles-mêmes. « On n’a pas le choix, on vit avec », confie l’une d’entre elle, presque résignée. « Il faut se battre parce que là j’en ai marre » glisse une autre. Certaines font même mention d’ordres intimés par leurs petits-amis concernant leur tenue : pas de robe, de décolleté ou de maquillage. Il ne faut pas attirer les regards. « Je n’avais pas le droit de m’habiller comme je le voulais, mon copain n’acceptait pas », explique l’une d’entre elles, qui parle même de représailles si elle avait le malheur de passer une tenue non validée par son compagnon. « Même ici, on ne peut pas être habillées comme on veut, il ne faut pas qu’on voie de la chair » Exit donc les shorts et jupes, jeans troués ou hauts un peu courts. 

Alors comment faire pour que ça change ? Les jeunes femmes imaginent directement un média militant, écrit par des femmes, journalistes ou non, mais avec un impératif qualitatif concernant la publication. Il prendrait la forme d’un journal papier ou s’organiserait sur un réseau social. « On parlerait société et politique. Et on organiserait la lutte en prévoyant des manifestations » lâche l’une d’entre elle. « Il faudrait montrer d’autres corps, pour changer les normes de beauté. » poursuivent-elles. 

Pour ce quatrième jour d’itinérance, nous avons posé la caravane des médias dans la commune de Oisemont et nous avons rencontré une classe d’élèves de terminale à la Maison Familiale Rurale.
Crédit photo : Simon Lambert
Et comment s’appellerait ce média ? Le femme libre. Pourquoi le ?

« Parce que comme c’est toujours le masculin qui l’emporte sur le féminin, on profite de ça pour attirer l’attention. Montrer qu’on a compris comment ça marche mais qu’on le détourne »

détaille une élève, alors que toute la classe imagine déjà monter vraiment cette publication et pourquoi pas créer une association.

Devant un tel entrain, on se dit que toute publication militante a son manifeste et qu’elles pourraient y réfléchir collectivement pour donner une direction et une impulsion à leurs revendications. Après quelques minutes de discussion Le femme libre a son manifeste. Que voici : 

Pour ce quatrième jour d’itinérance, nous avons posé la caravane des médias dans la commune de Oisemont et nous avons rencontré une classe d’élèves de terminale à la Maison Familiale Rurale.
Crédit photo : Simon Lambert
« Nous, jeunes femmes des Hauts-de-France, entre 16 et 19 ans »

« Nous, jeunes femmes des Hauts-de-France, entre 16 et 19 ans, subissons au quotidien : des inégalités, des insultes, des menaces, de la pression concernant les stéréotypes. 

On nous interdit des tenues soit disant « vulgaires », on subit de la grossophobie, si on est amie avec des garçons on nous soupçonne d’être des filles faciles. Alors on se met des barrières pour rentrer dans les cases, on adopte des stratégies pour nous protéger. 

On ne peut tout simplement pas vivre notre vie comme on veut et on aimerait que ça change. 

Pour y arriver, nous voulons : 

  • Dépasser les stéréotypes : toutes les femmes sont belles à leur manière, peu importe leur couleur de peau, leur religion ou leur corpulence. On voudrait voir plus de femmes qui nous ressemblent, pas toujours bien maquillées, coiffées. Des femmes avec de la cellulite et des boutons. En clair : plus de tolérance. 
  • Valoriser la parole de la femme. On voudrait être plus écoutées et tout simplement crues. Par les gens qui nous entourent, par les forces de l’ordre. Ne pas dire qu’on provoque. Que les règles soient plus justes. Ne pas toujours tourner l’excuse de la provocation : un vêtement court n’est pas un appel au viol. 

Pour y arriver, on a besoin du soutien des femmes et des hommes de toutes les générations. Si personne ne nous pousse vers le haut, on ne va pas y arriver. 

Marie N, Caroline, Marie J, Bérénice, Ophélie, Fiona, Lolita, Amandine, Laurine, Mélissa, Justine et Charline. Élèves de terminale. »

Le premier numéro du journal Le Femme Libre

Ce mercredi après-midi, les 12 jeunes femmes ont été invitées à réaliser une revue de presse (Libération, Le Point, Causette, L’Équipe, Le Courrier Picard). Elles ont remarqué le peu de place accordé au féminisme et aux questions liées aux genres. Avec les coupures de presse, elles ont donc recréé leur Une du média idéal : Le femme libre, le journal militant qui accorde une large place aux femmes et à leurs points de vues.

La Une du Le femme libre

Textes : Clémence Leleu et Timothée Vinchon
Textes et photos : Simon Lambert

2 thoughts on ““Le femme libre”

  1. Dorothée VINCENT

    Belle et longue vie a Le femme libre !
    Dorothée, 53 ans,
    mère de 2 garçons de 19 et 20 ans élevés dans le respect des filles (message de leur père très clair).

  2. jm

    bonjour,
    bravo, c’est formidable !
    comment vous soutenir, peut-être un peu de sous ?
    encore bravo, je suis si content,
    cordialement,
    jm

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