Freddy

Place de la mairie – Delincourt – 10 heures

Freddy s’affaire à la réorganisation de sa terrasse. Voilà trois ans qu’il est à la tête de l’épicerie – estaminet de la commune. Timbres, retrait de colis, courses d’appoint mais aussi café et restaurant, son établissement est le point névralgique du village où l’on trouvait encore, il y a quelques dizaines d’années, café, tabac, boulangerie et boucherie. On s’y échange quelques infos, on commente les résultats sportifs, on salue des voisins que l’on croiserait bien moins souvent si l’épicerie n’existait pas. “Il n’y avait rien pendant 15 ans. C’est important de se retrouver !” glisse Freddy.

Clocher de Delincourt © Simon Lambert

À l’intérieur, quelques tables, un bar, des denrées alimentaires mais aucune trace de presse. “Ça ne marchait pas ! J’avais pris l’Impartial, mais ils sont 4 à l’acheter, donc j’ai arrêté.” Alors, les amoureux du papier lui passent commande et lors d’un passage à Gisors, il leur rapporte leur précieux hebdomadaire.

© Simon Lambert

Freddy, lui, c’est plus la télé. Dans son épicerie, il zappe entre BFM, TF1 pour les jeux et les chaînes musicales. Les informations, il les attrape le matin au réveil à 6h00 sur BFM, “mais quand tu rallumes dans l’épicerie à 9h00, ce sont encore les même infos qui tournent en boucle”.

© Simon Lambert

Il lit Le Parisien, mais depuis que les éditions locales ont fusionné, il passe son tour. “Le Parisien a vachement réduit, ils ont regroupé avec l’Essonne, le Val d’Oise, le Val de Marne, moi, ça ne m’intéresse pas, donc j’ai arrêté” ajoute Jean-Noël venu chercher son pain.

Sa préférence va aux personnalités fortes, sans détour, “qui rentrent dedans, qui continuent de reposer la question tant qu’il n’a pas répondu. Comme Jean-Jacques Bourdin, je l’aime bien lui, il est cash !”

© Simon Lambert

Ce qu’il chercherait idéalement dans les médias ?

La vérité : “Ma mère a eu le COVID et ce qu’elle vivait n’avait rien à voir avec ce qu’on disait aux infos, donc, tu te poses des questions.”

La vérité, pour Clément, 35 ans, poseur de pierres, c’est à la fois le poison et l’antidote. “Les journalistes, ils disent ce qu’on leur dit de dire. Ce sont les multinationales qui dirigent des grosses sociétés qui font des magouilles et qui nous cachent la vérité. Mais en même temps, il faut que les informations circulent. Enfin, peut-être que parfois c’est mieux de ne pas savoir, sinon ce n’est plus possible. Alors, les infos, je ne les regarde pas.”

© Simon Lambert

Son pré-carré ? Le local, les réseaux de proximité où on peut facilement “vérifier si ce qu’on entend est aussi juste que ce qu’on prétend”.

Même son de cloche chez Jean-Robert, 61 ans, retraité. Lecteur infatigable, il partage son petit déjeuner avec l’Impartial, journal local qui couvre ce territoire du Vexin à la croisée de trois territoires. “La vie des gens m’intéresse, comment ils vivent. Ça permet d’être informé sur ce qui se passe autour et de ne pas rester bloqué sur nous.”

Jean-Robert complète ses lectures avec un abonnement à Ça m’intéresse. Le reste, l’actualité nationale et internationale l’intéresse peu, tant tous ces sujets lui paraissent être tenus par des groupements d’intérêts “qui ont bien d’autres choses à faire que de nous informer.”

“La méfiance vis-à-vis des médias, de l’information, des journalistes, c’est le reflet de la société. Je constate une grande méfiance et beaucoup d’agressivité entre les gens. Y compris dans les relations de voisinage.”

© Simon Lambert

À 14h00, Freddy ferme boutique. Le village plonge alors dans un calme étonnant. Chacun rentre chez soi et les interactions ne reprendront qu’à la réouverture de l’épicerie à 17h00. “C’est ici que l’info circule, c’est le seul lieu de convivialité du coin” conclu Freddy.


La suite avec Cathia et Jade
Clémence Leleu et Simon Lambert

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